12 œuvres du Frac des Pays de la Loire vont se retrouver dans l’exposition effractions au centre d’art Zoo. Contrairement à ce que ce titre pourrait laisser entendre, il n’y a pas eu de véritable effraction, de porte fracturée ou quoi que ce soit de répréhensible. Si effraction il y a, c’est une effraction très symbolique d’une institution régionale envers Zoo, qui l’est un peu moins. Mais l’on peut considérer que le Frac des Pays de la Loire, en acceptant cette invitation, commet une légère intrusion dans un centre d’art avec qui elle entretient des liens d’amitié et de collaboration depuis de nombreuses années. En effet, la revue 02, organe éditorial de l’association Zoo galerie, qui a dédié de nombreux articles à des artistes dont les œuvres ont été acquises par le Fonds Régional d’Art contemporain, manifeste ainsi une convergence de vue sur des pratiques artistiques contemporaines.
Partant de ce constat, l’exposition effractions s’est déclenchée à partir de l’œuvre d’Ivo Provoost, artiste flamand du duo Denicolai & Provoost, invité à la biennale de Venise 2024 par la Wallonie pour investir le pavillon belge partagé pour moitié entre flamands et wallons. A l’occasion de sa résidence de post-diplôme en 1997-1998 à l’école des beaux-arts de Nantes, la revue 02 avait demandé à l’artiste de réaliser intégralement son numéro 9 dessiné à la main… Ce qui avait nécessité l’accord des annonceurs qui tous avaient joué le jeu. Cette œuvre (composée des dessins originaux avant scannage) a été acquise par le Frac des Pays de la Loire en 2009.
La thématique - ou l’absence de thématique - était toute trouvée : il s’agissait de montrer des œuvres acquises par le Frac d’artistes ayant fait l’objet d’une attention particulière de la part de la revue 02. La sélection a ainsi porté sur une douzaine d’artistes qui ne relève pas de convergences formelles ou intentionnelles comme cela peut être le cas dans le cadre d’une « véritable » exposition thématique. Elle fait état d’une présence importante dans la revue comme ce fut le cas de Bruno Peinado à qui 02 dédia l’entièreté d’un numéro en 2004, ou plus près de nous d’un Julien Creuzet qui fit la couverture du numéro 108 en 2024 au moment de la biennale de Venise 2024 dont il fut le lauréat du pavillon français.
Il ne s’agit pas d’une sélection exhaustive des œuvres acquises par le Frac ou liées à des recensions publiées dans la revue, ce qui aurait nécessité plusieurs expositions similaires, mais plutôt d’un choix assumé à travers les réserves du Frac pour créer un parcours singulier avec des artistes qui ont marqué les deux structures à un moment donné. Ce fut le cas pour l’artiste espagnole Lara Almarcegui dont on avait découvert la précocité de l’usage du réemploi dans son installation au Grand-Café de Saint Nazaire dans les années 2000, de Saâdane Afif auteur d’une mémorable exposition dans ce même Frac des Pays de la Loire en 2008, de Marie Voignier et de ses documentaires décapants sur la question du travail, d’Hoël Duret, passé par l’école des beaux-arts de Nantes et ayant effectué une exposition nomade entre Zoo galerie et le Frac des Pays de la Loire en 2014-2015, de Carole Douillard artiste nantaise bien connue à la pratique exigeante et non-spectaculaire de la performance, de Leonor Antunes dont les installations à base de filaments de métal et de câbles emplissent l’espace de dessins ajourés, de Teresa Margolles dont la radicalité assumée ne souffre aucune exception quand il s’agit de défendre les minorités, mais, aussi, tenant compte d’une actualité nationale, d’Otobong NKanga qui occupa jusqu’en février de cette année les cimaises du musée d’art moderne de Paris de ses réflexions aigües sur les dommages commis par les multinationales occidentales envers les peuples africains.
Vous pourrez faire effractions au Zoo Centre d’art contemporain à partir du 8 avril jour du vernissage jusqu’au 08 Juillet 2026 inclu.
Avec Saâdane Afif, Lara Almarcegui, Leonor Antunes, Julien Creuzet, Carole Douillard, Hoël Duret, Teresa Margolles, Otobong Nkanga, Bruno Peinado, Yves Préveaux (Ivo Provoost), Marie Voignier.
