Depuis maintenant une dizaine d’années, Michael Riedel explore les notions d’identité et de copie à l’ère de la reproductibilité numérique en construisant un système de répliques qui se déploie sous de multiples formes : sculptures, vidéos, enregistrements sonores, livres et affiches, impressions sérigraphiques sur toile et événements. Il produit ainsi des reconstitutions toujours biaisées d’expositions, d’objets ou de situations en suivant des processus d’inversion, de distorsion et de duplication. Bien loin de la simple et banale copie, son travail se situe du côté de la résurgence et place la temporalité et le contexte au centre de ses interrogations. Fondamentalement processuelles, ses œuvres se font l’écho de leurs motifs tout en leur assurant une continuité dans le présent. Qu’il reproduise à l’identique le corridor d’entrée de l’exposition de Rirkrit Tiravanija à la Biennale de Lyon en 2007 ou réagence l’exposition de Neo Rauch chez David Zwirner — leur galeriste new-yorkais — à partir de photos grandeur nature des tableaux, Michael Riedel traduit autant qu’il transpose.
À Zoo galerie, il intitule son exposition Club(b)ed Club et propose une reconstitution d’une soirée ayant eu lieu au Club Rio à Berlin en 2006. Et lorsqu’à l’enregistrement de ladite soirée diffusé en fond sonore s’ajoutent les bruits de la soirée d’octobre 2011, le temps se concrétionne au cœur du « décor » qui mêle mobilier original du club et éléments produits pour l’exposition. L’on évoquera alors une « durée de la sculpture », une occupation temporelle de l’espace, mais surtout aussi une interprétation d’un moment au sens tant linguistique que musical ou encore d’une performance. Les éléments de l’installation, forcément disparates et fragmentaires, laissent finalement plus de place à l’absence des manquants qu’à leur propre présence. Ils sont là avant tout pour matérialiser le vide entre eux, nous amener à lire entre leurs lignes. Il est ici principalement question de la circulation du temps et de l’information, de l’infinie rediffusion de cette dernière, qu’elle s’incarne dans la bande son ou les posters qui recouvrent les murs de l’exposition.