Le terme « Unza Unza music » a été inventé par Emir Kusturica et le No Smoking Orchestra pour désigner un mélange de rythmes issus des Balkans. Créée à partir de tests effectués sur des sujets écoutant ce genre de musique, la Unza Unza music serait productrice d'extra protéines (substance vitale à toute forme de vie), chez l'être humain. Unza Unza Time, l'exposition, est une proposition de curateur, arbitraire et subjective. Elle présente trois artistes aux pratiques nourrissantes et pluridisciplinaires, trois extra protéines venant enrichir l'art contemporain.
Diplômé 2002 de l'école supérieure d'art de Brest, Nicolas Respriget a la particularité de jongler avec plusieurs pratiques. Après de nombreuses années passées à explorer la photo et la vidéo, il décide d'y intégrer la danse et le son dans de nouvelles compositions qui réunissent tous ces médias. Il fabrique des dispositifs liés au déplacement du corps et les met en scène lors de performances. Son vocabulaire emprunte pour beaucoup au mouvement techno. L'observation assidue des danseurs pendant les soirées lui donne l'idée d'utiliser ces rythmes spontanés dans ses chorégraphies.
A Zoo Galerie, il présente « Répétitions mai 2002»: photographies de trois combinaisons reliées entre elles par des tendeurs qu'il utilise lors de ses performances. Ces prises de vue pointent l'importance du contexte dans lequel évolue cette pièce. L'environnement architectural et urbain fait écho au dispositif scénique. Le samedi 31 mai, Nicolas Respriget et SAMA (troupe de danseurs-performers qu'il a créée avec son frère) réaliseront un spectacle intitulé « Love me tendeurs » : 8 danseurs et 2 musiciens évolueront au milieu de vidéoprojections sur écrans mobiles, dans une ambiance sonore noisy et industrielle. Cette longue performance (30 mn), découpée en cinq parties, crée une sensation de paradoxe entre la liberté de mouvements donnée par la musique et l'impossibilité de les exécuter. Satyre de la free party ? Dans cette dernière est souvent mise en avant l'idée de communauté ; pourtant c'est le principe d'une population repliée et individualiste qui bien souvent prime. Nicolas Respriget n'est pas contre la techno: il s'en nourrit ; très proche, il se sent autorisé à en dénoncer les paradoxes.
Benjamin Rivière explore la photographie et la vidéo avec la volonté de produire des images proches de la peinture et du dessin. Qu'il soit abstrait ou figuratif, le rendu est toujours intimiste ; un côté obscur, voire mystérieux s'en dégage. Son travail se situe à la frontière de l'univers des jeux vidéo (paysages en fond) et de la mise en scène cinématographique. Ses vidéos semblent s'engager dans la narration et nous laissent dans l'attente de l'événement. La vidéo « Untitled compo.1.02 » est la recherche de motifs cachés dans la trame urbaine. Par un cheminement d'essais photographiques, l'artiste isole des détails d'architecture ou de mobilier urbain (ici un panneau publicitaixe à lamelles permettant de montrer successivement trois images) et donne à voir une composition géométrique proche des animations 2D faites sur ordinateur. Le support DV a été choisi pour la qualité du rendu qui donne cette impression picturale : une grande attention est prêtée à la lumière naturelle qui détermine le résultat. Le rendu très « léché» qui se dégage de ses films contraste avec la pauvreté des moyens techniques mis en œuvre.
Laurent Tixador fait partie de ces artistes qui « vivent une crise intense du lieu » et cherchent à sortir des sentiers battus de la création. Sur une note humoristique, il monte des expéditions dérisoires et se crée des aventures insensées à la découverte de territoires connus !
Dans « Total symbiose 1» (2001), il part habiter sur l'île du Frioul en compagnie d'Abraham Poincheval avec comme seuls bagages un appareil photo, une caméra et une tablette de chocolat. Pendant une semaine, Ils vivront de pêche et de cueillette tels les hommes préhistoriques. Sur les rochers, ils peignent à l'aide de pigments naturels les logos de m&m's et Quick et créent une nouvelle école : la « nouvelle figuration rupestre ». Les deux compères réitèrent l'expérience l'année suivante avec « L'inconnu des grands horizons» qui les conduit à traverser la France d'Ouest en Est (Nantes - Metz), en ligne droite et à la boussole. Chaque fois, le périple s'achève en plein milieu du vernissage avec le visionnage des rushes de leur randonnée. À la recherche de nouvelles péripéties, Laurent Tixador s'apprête à repartir l'hiver prochain pour le Groenland où il fera naviguer un iceberg radiocommandé. Il sera ainsi le premier artiste à atteindre le pôle nord.
« Iceship test area*» est la seconde étape de ce projet, une première fois présentée dans un cabinet de curiosité chez artconnexion à Lille en 2002. Unza Unza Time donnera l'occasion d'effectuer un premier test de navigation « réelle » pour ce vaisseau hors du commun. Pendant toute la durée de l'exposition, l'artiste sera présent pour mettre au point les derniers détails de l'aventure du Grand Nord.