AAA. Corporation est un collectif d'artistes venus d'Annonay, près de Saint-Etienne. Nomades, autonomes, festifs et bienveillants, ils nous rappellent qu'il est toujours possible de biaiser le Contrôle. Ils présentent leurs capteurs de sons à la Zoo Galerie.
Comme beaucoup de jeunes artistes de leur génération, AAA. Corporation propose des attitudes plus qu'ils ne produisent des œuvres. Par exemple, ils inventent des radios pirates et développent des comportements dans lesquels le public redevient acteur au lieu d'être seulement un consommateur. Simon explique: « Notre travail consiste à déplacer des objets illégaux, comme la radio pirate, dans le champ de l'art pour qu'ils deviennent légaux, intouchables d'un point de vue juridique. C'est une faconde redonner de la liberté dans le champ de l'action ». C'est le même désir qui anime la réalisation d'un carburant illégal, a partir de graines de tournesol, et qu'ils proposeront en mars au public au Palais de Tokyo à Paris, dans le cadre de l'exposition « Hardcore ».
Au fond, ces jeunes artistes sont animés d'une furieuse volonté d'autonomie. D'ailleurs. AAA. corp. fait tout seul. Mobiles grâce à leur armada de Volvo, ils circulent à travers la France, organisent des événements et produisent eux-mêmes leurs sérigraphies. Bref, ils inventent les modalités d'une économie parallèle, en fonction des gens, des énergies et des préoccupations qu'ils trouvent sur place.
Quartier sur écoute
À la Zoo Galerie, ils ont disposé, un peu partout dans le quartier, dans les magasins, ou dehors, des capteurs de sons. Le dispositif est d'une simplicité enfantine. Car les fameux capteurs ne sont rien d'autre que des jouets, ce sont des « paraboles d'écoute » que les enfants utilisent généralement pour écouter le chant des oiseaux. Ici, l'objet est habilement détourné, au bénéfice du public.
Car les différents sons récupérés par ces capteurs éparpillés se retrouvent sur une table de mixage. Les visiteurs peuvent choisir la piste qu'ils veulent, et c'est alors leur oreille qui les guide dans l'espace environnant de la galerie. Le projet part d'une analyse fine de la configuration de la galerie et de son contexte : comme le rappelle Simon, « la galerie est aveugle, il n'y a pas de moyen de se repérer visuellement, car les fenêtres sont rares et trop hautes. Tout ce qu'on peut voir, il faut l'entendre ». Et Renaud d'ajouter « les commerçants pouvaient être inquiets d'être sur écoute; il a fallu qu'on parle avec eux, et qu'on leur explique que notre projet prend précisément le contre-pied d'une entreprise de "traçage" sonore ». Du coup, AAA. Corporation nous invite, sans militantisme complaisant mais avec une joyeuse insolence, à être vigilants face à tous les appareils de contrôle silencieux, à toutes les violations invisibles, à toutes les violences symboliques1.
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Murielle Durand Garnier, « Expo sonore indisciplinée à la Zoo Galerie : des paraboles indiscrètes », Ouest France, 2004. ↩