Pour sa première exposition personnelle en France, Liv Schulman présente une mini série en trois épisodes sur un groupe de scénaristes qui souffre d’un colossal manque d’idées.
Que faire ? a été intégralement tournée dans des lieux municipaux de Noisy-le-Sec avec un groupe d’acteurs amateurs, tous habitant la ville. Que faire ? est censée donner des indications sur les stratégies de construction des fictions ou encore distiller des considérations sur le potentiel de la créativité comme force productive ; elle met en scène un groupe hétérogène de personnages issus de l’intense énergie scénaristique de l’artiste, nourris par l’observation attentive d’un lieu dédié à la production de discours culturel, le centre d’art. Inspirée du livre de Lénine qui souligne la nécessité de se regrouper afin de produire de l’action, la série décrit son pendant inverse : minés par l’impuissance qui les dévore, les scénaristes regroupés n’aboutissent qu’à développer une forme aiguë de frustration. La fiction de Liv Schulman décrit un processus d’aliénation d’une catégorie de personnes, les auteurs de séries, victimes de la pression impitoyable d’un système qui les somme coûte que coûte de produire de la fiction récréative.
Le recours aux thérapies conductrices, censément capables de dénouer les situations de blocages dont sont victimes les scénaristes, ne fait qu’accentuer les difficultés de ces derniers qui finissent par se rejoindre dans la frustration et l’inactivité, renversant au passage la devise positiviste de Lénine. Le travail de Liv Schulman met en lumière le hiatus fondamental de ces écrivains qu’une obligation de résultat pousse à produire sous la contrainte — contre toute logique — des scénarios efficaces. Là encore, le travail de Schulman met en lumière les signaux paradoxaux qu’une société envoie à l’endroit de ses « créateurs » quand elle aligne le régime de la créativité sur celui de la productivité. Jouant de manière jubilatoire avec le jargon des thérapeutes, elle met en scène un groupe de personnes en conflit avec leurs propres personnages, ne sachant plus trop bien dans quel ordre — fictionnel ou réel — ils se situent, terrorisés par une psy lacanienne sadique. Le décor interchangeable de ces lieux municipaux sans qualités évoque la vie pareillement interchangeable et dévaluée des personnages. À Zoo galerie, un grand tapis / patchwork sommairement réalisé recouvrira les canapés, les divans, les meubles, etc. d’où n’émergeront que les moniteurs, comme une sorte de résidu de l’activité productrice d’un lieu ne laissant subsister que les films.