Rencontres d’avril

Il y eut cet arc-en-ciel composé de petits soldats et de tanks peints comme des touches sur le tableau. C'était l'accalmie qui allait rejoindre de façon insolite une actualité orageuse. Il y eut ces lettres que les confettis retranscrivirent, formant le mot "SEUL", ou encore cette carte du monde, fragile, avant qu'un balayeur céleste ne vienne tout effacer. Il y eut ces châteaux de sable également voués à un écroulement inéluctable. Sans doute est-ce à un spectateur attentif à la disparition que s'adressent les œuvres de Dominique Lacoudre. Une disparition que l'artiste programme avec une rare précision, au travers e d'un ensemble d'indices qu'il nous livre avant l'installation finale. Les dispositifs répondent en effet aux lieux qui les accueillent, aux matériaux collectés sur place, à des rencontres toujours possibles entre eux et ce constructeur infatigable de propositions éphémères. Car l'œuvre ici est affaire de déplacement, de vie et de mort, sans trace à conserver, sans relique lui permettant de se hisser au statut d'objet. Dérisoire ascension pour une œuvre qui se moque avec une tendre insolence de la prétention à perdurer. 1

Guillaume Janot est un photographe de la banalité dans le sens où ce qu'il photographie n'est pas spectaculaire. Ce qu'il montre, ce sont des tables, des éviers, des bureaux, des fragments d'intérieurs qu'il photographie tels quels. Ce qui est moins banal c'est ce qui se révèle au-delà de la littéralité des objets montrés : tout un décor, toute une dramaturgie, insoupçonnée, se met en place.
Le flacon de Sun vaisselle trônant au dessus de l'évier glauque devient le soleil éclatant dardant les rayons bénéfiques de l'ère post-industrielle ; la table de la cuisine se révèle être le décor fantasmatique où le chevalier du paquet de biscuits Prince séduit la princesse de la boîte de sucre. L'imaginaire soudain emplit l'espace privé que la société de consommation, dans sa perpétuelle tentative d'envahissement du décor, n'arrive pas totalement à corrompre. 2


  1. Pierre Giquel, extrait de la plaquette de la Galerie TORE, septembre 1992. 

  2. Pierre Giquel