Pierre Ardouvin

Dans une publication composée de sérigraphies, Pierre Ardouvin évoque la maison de la poupée Barbie qui "n'a pas échappé au désastre. Ce qu'il en reste, bien qu'abîmé et sali, évoque toujours un monde en trompe-l'oeil, merveilleux et rose". Lorsque Ardouvin quitte l'espace éditorial pour se confronter à celui de la galerie, c'est également à un monde en trompe-l'oeil qu'il nous convie d'assister, avec une politesse feinte. Car cet univers merveilleux et rose recèle des acidités redoutables. Par le biais d'objets, un poème composé d'apparente nostalgie et d'évocations brutales s'élabore. Nous ne vivons pas dans la mémoire des objets, mais dans la "mère noire". Nous sommes conviés à un banquet, en tant que spectateurs seulement, car exclus de la table.

La rencontre entre les objets peut produire une écriture chaotique. Comme le montre bien l'installation intitulée l'Abondance qui présente une sorte de bazar aligné avec une élégante provocation. Ici, pas de métaphore voilée, ces objets voués aux poubelles dialoguent tant bien que mal et cette maladresse à échanger ni toute sentimentalité. Si le parapluie évoque les ailes d'une chauve-souris, il n'en est pas moins un parapluie éventré, voué à l'abandon. Aux images romantiques de couples qui font la couverture de magazines «cheap», images déchirées, Ardouvin oppose une frise d'images pornographiques photocopiées, où le cache-pastille se révèle comme un véritable élément plastique et obscène. Dérision et « revisitation » de la peinture semblent aller de pair dans le Banquet : une table dressée et des chaises reposent sur des briques empilées. Pièce absurde (la notion de trompe-l'œil est soulignée par une peinture bleue sur la partie inférieure de chaque mur et la présence d'un torchon accroché), cette proposition parait comme la doublure d'un décor, solitaire et brutalement aride, assemblage arrache au temps, dérisoire peut-être mais énigmatiquement autonome.

Pierre Giquel