Philippe Cotte ne connaît peut-être pas ces mots qu'a écrit Jean Genet à propos du funambule et qui dans un certain sens, pourrait lui être adressés : « L'Ange se fait annoncer, sois seul pour le recevoir. L'Ange, pour nous, c'est le soir, descendu sur la plate éblouissante. Que ta solitude, paradoxalement, soit en pleine lumière, et l'obscurité composée de milliers d'yeux qui te jugent, qui redoutent et aspirent ta chute, peu importe : tu danseras sur et dans une solitude désertique, les yeux bandés, si tu le peux, les paupières agrafées ».
Philippe Cotte photographie, et comme pour le funambule, parfois sans doute « les paupières agrafées ». Barcelone, l'Andalousie, le Maghreb, le Finistère où il vit, autant de paysages dont il ne se fait ni l'interprète ni le énième témoin.
« Je n'ai pas l'impression de regarder un paysage particulier, c'est moi que je regarde dans un paysage. » L'aveu est humble et en même temps direct. Plus tard, il ajoute : « Souvent, quand je vois l'image apparaitre, je désire arrêter la révélation ». L'artiste ne choisît aucun compromis, et il est tout entier dans ces deux remarques. Lui pour qui « la photographie, c'est le vide » , évoque magnifiquement sa relation, douloureuse, au monde : « Un paysage, une façade, le désert ne m'appartiennent pas. Le fond de la photo-graphie appartient à la terre, au temps, au cosmos. »
Philippe Cotte manifestement n'est pas du côté du rapt, de la capture, qui caractérisent le photographe traditionnel. Il n'est pas non plus du côté de la réalité mais du visible, qui rassemble la pensée du monde. C'est pourquoi les objets, les paysages, qui nous sont proposés le plus souvent par série, ne clament pas leur identité géographique. « Au lieu de regarder, on voit. »
P. Cotte ne recadre jamais. Voir une planche-contact trouble, car chaque image est déjà la, stridente, superbe. Et pourtant, c'est de perte dont il parle, de la blancheur qui oriente l'apparition de la lumière. L'intensité, ici, est un élan contenu entre des images qui peuvent se doter d'un pouvoir d'abstraction exemplaire, et d'autres plus précises mais qui s'éloignent, déchirantes et secrètes.
Car la où il se trouve, sans complaisance, est peut-être à trouver en dessous du visible.
Philippe Cotte sait que les choses suivent leur cours, les photographies disent ces lieux sensibles où l'on ne s'aventure guère, et que lui interroge, silencieusement, avec « souveraineté ». - Pierre GIQUEL1
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dans Ouest-France, 1990. ↩