...mais qu'elle était la question ? demandait Marcel Duchamp.
On connaissait de Nicolas Floc'h les écritures productives, œuvres associant langage, production et gourmandise dans des rapports de sens et de non-sens poétiques et intelligents : des radis étaient cultivés dans une surface calligraphiant le mot radis sur une plate-bande... On peut d'ailleurs voir en ce moment à Château-Gontier une de ses écritures qui trace en terre le mot TERRE dans toutes les langues du monde.
Pour sa nouvelle exposition à Nantes, il a transformé la Zoo galerie tel un appartement de démonstration, elle ressemble aussi à ces magasins de meubles qui réinventent un intérieur. La première salle met en place un mobilier de galerie : bureau, chaise, étagères, table, le tout modulable, repliable et transportable, permettant le déplacement simple et efficace d'une galerie, de son sens, de sa fonction et de ses actions. Dans les autres salles, il a installé une série de meubles de maison (tabourets, tables, chaises, étagères, tringles, lit, bureau) dans un design à la fois fonctionnel, lisse, coloré et agréable, dans un style élégant utilisant des matériaux simples et de « bon goûts ». Avec humour, Nicolas Floc'h a donné à cet ensemble le titre : Habitat.
Œuvres pour l'instant uniques, elles appellent le multiple et la production industrielle tout en postulant une série de question quant à leur statut et leur place dans une galerie. C'est l'anti-ready-made par excellence, mais tout aussi subversif. Il y a là quelque chose de perturbant, un glissement de sens qui place le spectateur dans une étrange interrogation, bouleversant l'espace de la galerie et le statut de l'œuvre d'art. Nombreuses sont les boutiques de mode et de design qui se sont mises à avoir des allures de galeries d'art, avec des étagères et des vitrines ultrachic jouant de la disposition des objets en vente, copiant en cela l'accrochage muséal. Là le procédé est inverse et pose une fois de plus les questions essentielles et parfois rabâchées des limites de l'art, de l'attitude des artistes, de l'implication de l'art dans le quotidien ou dans le fonctionnel... Peu importe les réponses, les questions sont là qu'il faut se poser, sans cependant trop se prendre au sérieux.
Christophe Cesbron