Dans le grand espace de la galerie, le sol a été entièrement recouvert de grandes tôles ondulées galvanisées. Des éclairages orange (au sodium, comme ceux de certains réverbères) ont été suspendus au plafond. On hésite d'abord à entrer et à marcher sur la tôle. Et puis on se lance. Les chaussures frappent, résonnent et claquent sur le métal ondulé. L'éclairage diffuse une lumière sourde et orange qui se reflète sur le galva et crée avec le bruit des déplacements une atmosphère étrange, cinématographique, poétique et glauque. Plus il y a de monde dans la pièce, plus l'espace se déshumanise et devient inquiétant.
Pierre Ardouvin met en place un univers composé d'éléments hétéroclites, banals et urbains qui renvoient à l'espace de la banlieue parisienne qu'il connaît bien pour y habiter depuis plus de vingt ans. Mais les décalages qu'il opère dans ses installations créent des renversements fabuleux, d'une grande force poétique.
Les tôles des palissades où des toits se retrouvent au niveau du sol et changent de sens pour devenir un espace liquide, une mer imaginaire et sonore. Et le spectateur peut s'approprier l'œuvre, y circuler à la recherche de ses propres sensations, à la réalisation de son propre cinéma. L'expérience est intéressante, troublante, magnifique. - Christophe Cesbron