L’exercice de la mémoire

Avec obstination...

Pour Jean-François Robic, l'image est prête à des manipulations nombreuses où la transformation serait le leitmotiv essentiel. La photocopie, ici, est utilisée pour ses capacités à déformer le document initial. Il s'agit là d'une possibilité inépuisable sur le plan plastique, mais aussi théorique. En effet, Robic s'interroge tour à tour, sur les modes d'apparition et de disparition de l'image ; mêlant documents personnels, images de l'actualité ou historiques.

Au départ, il réalise un ensemble de livres qui s'intituleront « xérolives », selon le mot de Philippe Billé. Parallèlement collages et peintures reçoivent ce matériau d'élection comme un événement », « initiateur de dessins ». L'exposition présentée à Zoo Galerie forme un ensemble convaincant et dense où le regard du spectateur est sans cesse en relation violente avec des collisions d'images.
Déflagration comme dans cette série de « bagnoles » sur rodoïd, ou encore dérision quand nous reconnaissons le portrait de Joseph Staline. Comment recycler l'histoire, celle des autres et la sienne telle serait la question que pose obstinément Robic. L'image banale, affectée par la machine à reproduire, se dote ainsi d'un nouveau pouvoir, celui du créateur d'ombres et d'humour sarcastique qu'est l'artiste. Dans des bocaux, des bandes d'actualités croupissent, vouées à la destruction lente. Assurément, Jean-François Robic dresse ici un inventaire poétique, lucide, des limites de toute image, de toute identité.1


  1. Extrait de Ouest-France, 30 mai 1992.