It's hip to be square

On voit mal Robert Smith jouer avec une Gibson SG ou Thurston Moore griffer les cordes d'une semi-acoustique « exotique », façon Voulzy : la forme d'une guitare parle aussi de projections, d'identité. Les artistes de It's Hip to Be Square se souviennent d'ailleurs probablement des Transmusicales de Rennes - où la plupart a étudié -, qui programmaient avant tout le monde, au début des années 90, Nirvana, Sonic Youth, Beck ou Daft Punk. Cousins lointains de l'Art & Craft, les corps de guitares vidées de leurs composants de Wilfrid Almendra & Daniel Dewar jonglent précisément avec le décoratif et l'objet fétichisé par une génération. L'exposition débute d'ailleurs dans des allures de showroom avec les répliques craftés de célèbres sneakers de Patrice Gaillard, Claude & Daniel Dewar, qui montent l'enchère du consumérisme collectif et de la fascination pour la possession identitaire : les Stan Smith ont traversé plusieurs décennies et les Air Max 90 renvoient inévitablement à la naissance de la scène house-techno. Mais bien plus que dans cet effet générationnel, partage de styles, de feelings ou de projets à géométrie variable, It's Hip to Be Square fait déjà date en ce qu'elle exprime au mieux un nouveau courant de l'art actuel : une prolongation à l'échelle internationale de la sculpture moderniste, qui pourrait aussi bien avoir pour sources Sol Lewitt que la sculpture anglaise. Affichant nettement leur processus de production, les six œuvres de l'exposition chamboulent les notions de goût, de mise en espace, de formes, de couleurs, de matière et font se télescoper culture pop, décoratif et design contemporain. Ainsi du Shrink et Strech de Patrice Gaillard & Claude : deux écrans de verre légèrement disjoints, encadrés par une épaisse couche de bois recouverte de peinture pour carrosserie, sorte de « menus sur le lieu de vente » abstraits et déformés par un programme informatique. L'un est rétréci, l'autre étiré et doté d'une forme proéminente, expansion « photoshopée » et psychédélique d'un cube. Compilation de formes plastiquement très lisses, l'œuvre intègre une subtile moquerie du pénible gimmick des musées d'alterner communication et « vidéos d'artistes » sur leurs écrans plasma. L'assemblage du « Laurie Anderson » de Daniel Dewar & Lili Reynaud Dewar - qui, il faut le souligner, a étudié aux côtés des artistes du Modern Institute de Glasgow - lie un clavier rouge-bleu-jaune, une grenouille reprenant la posture d'un Superman et un signe de design scandinave en bois des années 70. Quant à la vague en céramique de Wilfrid Almendra, elle organise une rencontre hyperbolique entre les sports de glisse, le mauvais goût et l'art décoratif portugais ou japonais. Une génération en fusion. [^1]

[^1] : Extrait presse.

1/préc.suiv.

Daniel Dewar et Wilfrid Almendra, Hand made guitare bodies (2004), dans le cadre de l'exposition collective « It's hip to be square », Zoo centre d'art contemporain, 2004

Daniel Dewar et Grégory Gicquel, Pocketmoto (2004), dans le cadre de l'exposition collective « It's hip to be square », Zoo centre d'art contemporain, 2004

Daniel Dewar et Lili Reynaud Dewar, Laurie Anderson (2004), dans le cadre de l'exposition collective « It's hip to be square », Zoo centre d'art contemporain, 2004

Wilfrid Almendra, Wahiawa (2004), dans le cadre de l'exposition collective « It's hip to be square », Zoo centre d'art contemporain, 2004

Wilfrid Almendra, Wahiawa (2004), dans le cadre de l'exposition collective « It's hip to be square », Zoo centre d'art contemporain, 2004