Fabuleux !

L’exposition Fabuleux ! est l’un des projets initiés avec les étudiants de troisième année d’e|m|a|fructidor, l’École Média Art de Chalon-sur-Saône, après Grande Salle dans un théâtre chalonnais, et en amont de la revue Vers l’infini et au-delà, tiré à part de la revue 02 entièrement conçu et réalisé par les étudiants.

Proposé par Gerald Petit, artiste et professeur à e|m|a, le terme Fabuleux s’est vu adjoindre un point d’exclamation car il est question, dans cette interjection, tout autant d’enchantement que de désenchantement. L’enchantement premier est peut-être celui que procure l’exposition elle-même, véritable passerelle entre le travail des étudiants et les conditions de production d'œuvres au sein d’une structure professionnelle. Judicaël Lavrador, critique d’art, et Lilian Bourgeat, artiste, ont eux aussi suivi l’avancement des travaux des étudiants tout au long de cette année, de manière à assurer la cohérence du groupe. Car Fabuleux ! est avant tout une expérience collective, qui, si elle s’exprime dans des œuvres fort différentes, tente surtout d’être plus qu’une exposition thématique, une œuvre commune.

L’arrière scène comme un after show, Fabuleux ! nous entraîne jusqu’au plus profond de la fable dont elle est originaire, derrière les affabulations, hors du champ des projecteurs et de la poudre aux yeux. Le temps du rêve a passé comme la couleur d’un maquillage en fin de soirée, chaque accessoire a rempli son rôle mais l’essentiel est terminé, le spectacle a fui une fois le rideau tombé et tout est maintenant abandonné à un triste sort. Les lampes maintiennent le scintillement d’un show tout juste achevé. Côté coulisses, c’est l’entrepôt, la remise à prodiges, réserve de magie, habituellement caché à l'œil du spectateur que nous sommes. Or c’est justement là que Fabuleux ! nous entraîne, dans cette atmosphère de fin de party, du matériel utilisé pour l’illusion jusque dans l’immatériel du concept de représentation, dans un entre-deux qui, au lieu de sublimer la matérialité du réel ne fait qu’en refléter la trivialité. Lorsque les images produites par le monde réel deviennent réelles à leur tour, comme le dirait Debord, un sursaut vital apparaît parfois, comme cette vidéo en mode pause qui tente de se réactiver ou ce robot qui s’agite en tous sens pour accomplir à bien sa mission d’oblitération, ou encore cette tapisserie réveillée par la stéréoscopie. Et le temps qui devrait s’être arrêté continue de s’écouler, « alors que le temps cyclique était le temps de l’illusion immobile, vécu réellement, le temps spectaculaire est le temps de la réalité qui se transforme, vécu illusoirement. » 1


  1. Guy Debord, La société du spectacle, VI, p.154, 1967. 

1/préc.suiv.

Carton d'invitation de l'exposition collective « Fabuleux ! », un projet avec e|m|a|fructidor, École Média Art de Chalon-sur-Saône, Zoo centre d'art contemporain, 2007