Dunking Island

Rencontre samedi 17 mai 2025 en présence de l'artiste et Wasis Diop, dans le cadre de la Nuit européenne des Musées

Dunking Island est une réflexion sur la menace qui affecte le littoral sénégalais suite au phénomène planétaire de la montée des eaux : composée d’une multiprojection et d’un acousmonium déployés sur six écrans vidéo et vingt sources sonores, l’installation de Capucine Vever investit les volumes généreux de la chapelle de l’oratoire, haut lieu de l’art vidéo nantais. L’île dont il est question dans ce récit n’est autre que celle de Gorée dont le nom résonne des échos de la traite négrière qui, pendant des décennies, organisa le transfert massif de population à destination des colonies pour en faire la main d’œuvre esclavagisée des planteurs. La ville de Nantes, qui prit une part active à ce commerce, a entrepris depuis une trentaine d’années de revenir sur ce passé via diverses manifestations qui firent date et dont la plus emblématique est l’exposition Les anneaux de la mémoire en 1992 : la proposition de l’artiste s’inscrit dans ce mouvement mémoriel qui vise à remettre en lumière son rôle dans cette industrie qui fit la fortune de la ville au XVIIe siècle.

Dunking Island peut aussi s’appréhender comme une lente immersion de l’île, renvoyant métaphoriquement aux effets dévastateurs du capitalocène et du réchauffement climatique qui lui est associé. Dunking Island alterne dans un contraste saisissant les plans des pêcheurs lébous, —une tribu autonome déjà présente avant l’arrivée des colons— aux techniques traditionnelles avec ceux des étraves des bateaux usines venant ravager les fonds océaniques. Les séquences sous-marines nous font prendre conscience de l’ampleur d’une pollution aux déchets plastiques qui transforme les abords de la côte en une vaste poubelle aquatique dans laquelle circulent, indifférents, des poissons tropicaux aux couleurs chatoyantes. Le film de Capucine Vever révèle l’intensité des atteintes au rivage de l’île générées par un tourisme mémoriel en augmentation constante que le pays n’a pas les moyens de traiter, conjugué à une dramatique montée des eaux. Des atteintes grandissantes qui ne font que prolonger les effets d’une économie mondialisée dont l’origine remonte à l’essor du commerce triangulaire.

Avec l’engloutissement programmé de Gorée se joue la disparition d’un îlot de mémoire irremplaçable. Mais le chant qui accompagne cette plongée filmique dans les eaux atlantique se veut plus une ode à l’océan qu’un pamphlet victimaire. Mis en musique par Valentin Ferré et porté par la voix du grand chanteur sénégalais Wasis Diop, issu du peuple Lébou, infusé de pensée animiste, le film de Capucine Vever, nous entraine dans une moderne odyssée où la remémoration des drames anciens remonte à la surface des consciences en se mélangeant à la rumeur des tragédies contemporaines liées aux migrations. Le rythme résolument lent de la vidéo qui s’accorde aux mouvements de flux et de reflux nous raccroche à celui des temps anciens que la fureur coloniale est venue bouleverser. Dunking Island nous berce de ces récits entrecroisés où nulle nostalgie n’affleure mais où simplement ressort la grâce des gestes des pêcheurs livrés à la fluctuation des courants et à l’humeur de l’océan.

1/préc.suiv.

Capucine Vever, Dunking Island, 2022. Vidéo HD, 35 minutes, still du film

© ADAGP, Paris, 2024 / Capucine Vever

Capucine Vever, Dunking Island, 2022. Vidéo HD, 35 minutes, still du film

© ADAGP, Paris, 2024 / Capucine Vever

Capucine Vever, Dunking Island, 2022. Vidéo HD, 35 minutes, still du film

© ADAGP, Paris, 2024 / Capucine Vever