Déplacer les bornes

Protéiforme, la pratique de Julien Nédélec – diplômé voilà bientôt trois ans de l’École des Beaux-Arts de Nantes – jongle avec les médiums pour en déplacer les attendus. Qu’elle se déploie sous forme de sculptures de papier : origamis à plier soi-même et anamorphoses réalisées à l’aide de ramettes de feuilles A4 peintes au spray ou d’œuvres à la limite de la visibilité – en témoignent les céramiques présentées lors de la dernière Fiac, dont seul le discret halo de couleur affirmait la présence matérielle, leur blancheur résonnant sur celle de la cimaise comme l’évocation des ovnis « observés » dont elles reprenaient les formes – elle déjoue les traditionnels displays pour mieux reporter l’attention du spectateur sur ce qui fait l’œuvre.

Sérieusement absurde et inversement, l’œuvre de ce jeune artiste est un exercice mental qui mêle des jeux de langage à la fois logiques et graphiques à une facture manuelle revendiquée.

À Zoo galerie, il choisit de « déplacer les bornes » en produisant une exposition au carré. Dans un premier temps, des images posées au sol semblent figurer des sculptures à l’allure minimale, puis l’on passe derrière la cimaise comme l’on traverserait un miroir carrollien pour les voir apparaître en volume. Trois formes géométriques simples : le cube, la sphère et la pyramide se sont légèrement dédoublées, et paraissent figées dans le mouvement de production de leur clone. De cette translation formelle avortée découle un arrêt sur image qui ajoute une temporalité tierce au déjà double temps de l’exposition : celui de l’exposition exposée par ses images et celui de l’exposition elle-même. Un double temps dans le même temps qui vient illustrer l’interrogation suivante : une exposition peut-elle être l’image d’elle-même ?

1/préc.suiv.

Vue de l'exposition « Déplacer les bornes » de Julien Nédélec, Zoo centre d'art contemporain, 2012

Vue de l'exposition « Déplacer les bornes » de Julien Nédélec, Zoo centre d'art contemporain, 2012

Vue de l'exposition « Déplacer les bornes » de Julien Nédélec, Zoo centre d'art contemporain, 2012

Julien Nédélec, De la rigueur de la science (le monde de Rorschach), dans le cadre de l'exposition « Déplacer les bornes », Zoo centre d'art contemporain, 2012

Julien Nédélec, De la rigueur de la science (alt thétraède), dans le cadre de l'exposition « Déplacer les bornes », Zoo centre d'art contemporain, 2012

Julien Nédélec, alt tétraède, dans le cadre de l'exposition « Déplacer les bornes », Zoo centre d'art contemporain, 2012

Julien Nédélec, alt sphère, dans le cadre de l'exposition « Déplacer les bornes », Zoo centre d'art contemporain, 2012

Julien Nédélec, alt cube, dans le cadre de l'exposition « Déplacer les bornes », Zoo centre d'art contemporain, 2012