David Evrard

À partir d'une réflexion plastique sur les cadres formels de l'information au sens large (tabloïds, plans d'architectes, documentaires, storyboards), le travail de David Evrard débouche sur une organisation générale de l'exposition partant de cette même réflexion. À l'instar des pavés textuels qui découpent et délimitent la page du journal, l'espace de la galerie est délibérément reconstruit selon ces mêmes schémas ou principes. Le propos de l'artiste est de mettre à jour ou plutôt de mettre en perspective des structures opérantes à divers degrés de visibilité.
Chaque pièce peut-être considérée isolément ou bien considérée dans un agencement plus global qui à son tour leur redonne du sens. Plus qu'une recherche sur les moyens de la représentation, le travail de David Evrard est à la fois analyse et synthèse des structures quasi langagières qui affectent notre environnement de plus en plus riche en informations. Ces structures ne renvoyant pas seulement à des occurrences matérielles : le travail de David Evrard opère justement à la jonction des manifestations réelles et fictionnelles de ces structures, celles-ci se retrouvant indifféremment dans l'une ou dans l'autre. D'où l'importance de la projection, terme qui renvoie aussi bien à une acception architecturale qu'à une acception psychanalytique, le cinéma faisant le lien entre les deux en tant que "fiction architecturée".
Le travail de David Evrard nécessite donc une réelle pratique, autant que pratiquer un film peut avoir du sens ; il ne se situe pas dans la métaphore mais plutôt dans la construction ou encore la reconstruction d'un espace à partir des même matériaux que nous utilisons pour bâtir aussi bien nos habitats réels que nos fictions personnelles. La notion d'"espace performatif" pourrait donc être appliquée à l'exposition de D. Evrard, si ce n'est que la demande de participation, souvent fantasmée, à laquelle renvoie le performatif ne tourmente pas outre mesure l'artiste. L'"espace performant" et la conservation d'une nécessaire distance symbolique ayant plus la faveur de l'artiste.