Couvrir les feux

Claire Fontaine, dans sa première exposition personnelle en France, Couvrir les feux, à la Zoo galerie de Nantes, aborde sous plusieurs angles la question de l’état d’urgence récemment décrété, ainsi que la place des affects politiques aujourd’hui dans nos vies. Les pièces baignent dans une lumière crépusculaire qui est à la fois celle des nuits de couvre-feu et à la fois celle des cauchemars qui nous hantent pendant la paix armée.

La phrase extraite du film de 1966 Made in USA de Godard, « Je n’ai pas de mots pour vous dire comme je hais la police », est écrite avec le feu d’un briquet tout le long du plafond et par son inactualité même elle court-circuite le présent et met en cause notre contexte actuel. Un néon bleu qui pulse nous annonce une fois L’éternité par les armes et une autre L’éternité par les larmes et se veut un hommage à Auguste Blanqui et à tous ceux et celles qui comme lui sont emprisonnés pour des raisons politiques. L’enseigne To Hell I Delve (Je m’enfonce en enfer), exposée une première fois à Zoo galerie sous le nom de James Thornhill, connaît une troisième vie dans cette nouvelle présentation par Claire Fontaine. To Hell I Delve est un anagramme composé avec les lettres des mots « Hôtel de Ville » et fait allusion à « la vie secrète des lettres », notamment à celle qui conserve la mémoire du passé révolutionnaire de cette institution et de sa descente en enfer.

La vidéo en boucle A fire is a fire is not a fire se confronte aux questionnements toujours irrésolus des avant-gardes du vingtième siècle sur les limites de la représentation et de l’iconoclasme. La pièce de monnaie de vingt-cinq centimes de dollar transformée en couteau artisanal, indétectable par les portiques d’aéroports, porte le nom ambigu d’In God They Trust, et fait référence à la violence des échanges commerciaux et à leur pendant qu’est la violence terroriste.

Claire Fontaine est un groupuscule fait de groupuscules, depuis 2004 elle travaille selon une méthode collective. La production artistique est pour elle d’abord une affaire de participation, les artistes qui s’y adonnent sont les « assistants » d’une puissance impersonnelle qui est de l’ordre de l’intelligence supra-individuelle et anonyme. Elle part du présupposé que la singularité formelle des œuvres, signe autrefois de l’esprit d’un auteur particulier, a laissé la place aujourd’hui à une migration internationale des formes qui traverse tout le champ de l’art contemporain. D’après elle, nos subjectivités ont subi un destin analogue à celui des œuvres d’art : soumises au bombardement homogène de stimuli visuels et marchands de toutes sortes, mais appauvries en expériences concrètes, elles sont devenues des « singularités quelconques » 1 et nous sommes tous des artistes ready-made.


  1. Giorgio Agamben 

1/préc.suiv.

Claire Fontaine, L'éternité par les larmes (2006), dans le cadre de l'exposition monographique « Couvrir les feux », Zoo centre d'art contemporain, 2006

Claire Fontaine, A fire is a fire (2006), dans le cadre de l'exposition monographique « Couvrir les feux », Zoo centre d'art contemporain, 2006

Claire Fontaine, A fire is a fire (2006), dans le cadre de l'exposition monographique « Couvrir les feux », Zoo centre d'art contemporain, 2006

Claire Fontaine, A fire is a fire (2006), dans le cadre de l'exposition monographique « Couvrir les feux », Zoo centre d'art contemporain, 2006

Claire Fontaine, Chère R (2006), dans le cadre de l'exposition monographique « Couvrir les feux », Zoo centre d'art contemporain, 2006

Claire Fontaine, Made in USA (2006), dans le cadre de l'exposition monographique « Couvrir les feux », Zoo centre d'art contemporain, 2006

Claire Fontaine, To Hell I Delve (2006), dans le cadre de l'exposition monographique « Couvrir les feux », Zoo centre d'art contemporain, 2006