La jeune génération fraîchement diplômée de l’École des Beaux-Arts de Nantes - Saint Nazaire en 2022 que le centre d'art contemporain Zoo présente et accompagne dans son nouvel espace situé 12 rue Lamoricière à Nantes relève le défi d’exposer leurs travaux dans des conditions professionnelles. L'enjeu d'une telle monstration réside dans la confrontation avec non seulement avec un nouvel espace d'exposition mais aussi de faire une première expérience qui marque l'envol vers les contrées de la création artistique contemporaine.
En vitrine, une étonnante plante verte aux tiges tigrées trône sur une sorte de socle-colonne à quatre pieds. Elle semble n'être qu'un objet décoratif sorti tout droit du fleuriste. L’œuvre de Amandine Rousseau fonctionne comme un appel énigmatique aux passants. Il faut entrer dans la galerie pour s’apercevoir que cette plante vous parle, vous récite un poème grâce à un dispositif sonore mais invisible. Pour continuer le parcours, une œuvre de Mathilde Dantec prête également à confusion ; des carreaux de ciment ont été activés lors du vernissage quittant les boîtes de stockage pour se répartir sur le sol gris comme pour créer un obstacle à la déambulation des spectateurs. Mais les apparences sont trompeuses car la jeune artiste a créé cette œuvre prophylactique intitulée Elise en lien avec une personne atteinte de la maladie de Parkingson. Du sol au mur, telle apparaît ensuite l’œuvre très colorée de Bonnie Guespin. Sa complexité réside non seulement dans son aspect brut que d'aucuns verraient bâclée mais aussi par la succession de plans spatialisés envahissant l'espace. Il faut pourtant prendre son temps pour comprendre qu'il s'agit de représentations d'espaces d'architecture qui pourraient rappeler celles issues des miniatures persanes. La présence dans cette œuvre de photos de tapis et d'une photographie cyanotype fantomatique accentuent les niveaux d'interprétation. La représentation d'architecture est également présente dans l’œuvre suspendue de Edwin Blandin ; Ce grand dessin au fusain sur toile affirme le goût pour le théâtre. Sa noirceur qui nous rappelle les gravures de Piranèse nous plonge dans un univers inquiétant en proie aux catastrophes naturelles. Passé cet écran, se révèle un second espace qui s'ouvre ou se ferme avec l’œuvre d'Ida Boyer qui fonctionne comme un portail, objet de transition symbolique ou obstacle à franchir physiquement voire visuellement. La présence de couleurs qui révèle les influences culturelles créoles de l’artiste nous invite à voir alors cet objet comme une peinture transparente. Apparaît derrière les deux photographies de Léa Erlandes qui font partie d’une série qu’elle a réalisée pendant le confinement. Par retournement de l’image l’artiste fait basculer la représentation de lieux hétérotopiques comme un cinéma, Le Méliès à Pau ou le stade de la Beaujoire à Nantes vers une abstraction décorative. Un retour du motif.
Esseulée, l’œuvre de Cédric Nolland qu’il envisage comme peinture, se veut discrète. Placée sur le mur à une hauteur inhabituelle, la photographie d’une peinture d’un œil - celui de Caïn ou de l'artiste lui-même ? - regarde en coin et louche sur l’installation puissante de Sarah Boulassel-Hugueville. Celle-ci se caractérise par un jeu d’équilibre, problématique, entre une énorme vis en métal soutenue par une corde en tension reliée à une sculpture en verre noir aux formes maternelles. La menace est palpable mais défense d'y toucher sous peine d'accident.
Au fond de la galerie une suite de photographies de Gaël Forcet-Moreau à la force narrative est comme exportée de l'édition-livre d'artiste consultable avec préciosité dans l'espace de la micro-librairie.
Une dernière pièce non moins impressionnante de Ambre Charpagne prend place sous la mezzanine. Elle est constituée d’un énorme écran en bois brut veiné et soutenu par deux roues de vélo sur lequel est projeté un film vidéo tourné à Marfa. La musique répétitive et lancinante accompagne des formes orangées et bleutées pour nous replonger dans un univers désertique et de mirages hallucinatoires.
En vous retournant vous pourrez remarquer par transparence le dessin au fusain de Edwin Blandin comme une invitation à faire un nouveau tour de visite dans l’exposition Absolute Beginners.