Dans l'écriture de Mathilde Ganancia ne sourdent de sa pratique artistique que quelques rares indices difficiles à repérer – si ce n'est qu'ils esquissent une fantasmagorie sociale au fantastique léger, une utopie vaguement féministe mais franchement déglinguée, farouche et sans issue. Quelque part entre Céline Minard et Alphonse Allais, l'auteure dessine des trajectoires d'héroïnes improbables mais sophistiquées, sorties d'un imaginaire so unusual. Ses courtes nouvelles sont de petits bijoux d'improbabilité qui forment cependant des itinéraires réjouissants, débouchant sur des situations cocasses où l'impensable finit par s'installer, à rebours de toute logique. Au moyen d'une langue châtiée, d'un vocabulaire distingué, utilisant juste ce qu'il faut de frenglish pour marquer sa contemporanéité, ses petits récits enchâssés et gentiment grinçants se moquent plus qu'ils ne condamnent des alternatives aux pratiques bien établies, comme la médecine allopathique – ringardisée par la nécessité d'être « en vogue » – ou les youtubeuses de l'espace prises à leur propre piège de la fame, écho jubilatoire à nos médiatiques super-héros, quand il ne s'agit pas de faire de la révolution des lunettes le prisme d'une ascension sociale désespérément vouée à l'échec.
Mathilde Ganancia (1988, vit et travaille à Paris) pratique tout aussi bien la peinture que l'écriture dans une démarche essentiellement narrative. Ainsi appréhende-t-elle ses tableaux tels des personnages ou accessoires qu'elle pourra transformer au gré des expositions et des récits qu'elle invente. Si l'écriture se joue de toute vraisemblance et semble suivre sa propre dynamique poétique, elle n'en pointe pas moins non sans humour, nos fragilités et absurdités.
Suite à l’obtention de son diplôme de l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2013, Mathilde Ganancia a travaillé deux années à Londres à Bow Arts Trust et aux côtés de l’artiste Nils Norman. Une résidence à Cow House Studios à Ennyscorthy, la mène quelques années plus tard à devenir artiste associée et enseignante l'été dans cette ferme-atelier trois années consécutives. En 2016, elle obtient une bourse pour participer à la résidence Skowhegan aux Etats-Unis où elle fait la rencontre de nombreux artistes internationaux avec qui elle expose à Liège, Londres, San Pedro, Dublin et à Paris.
Depuis 2020, Mathilde Ganancia est enseignante en Peinture à l’École supérieure d'art et de design TALM – Le Mans et coordinatrice du Master art.